
Le 26 novembre 2008, par Louis LEVY,
(Apostolova LG et al. Neurobiol Aging. 2008 Sep 22. [Epub ahead of print]) Ces auteurs nord américains ont comparé l’évolution des volumes hippocampiques en IRM 3D de 10 sujets âgés sains sur le plan cognitifs et restés stables à 3 puis 6 ans, et de 7 sujets ayant évolué vers une forme amnésique de troubles cognitifs légers (aMCI, à 2,8 ans en moyenne) puis vers une démence de type Alzheimer (DTA, 6,8 ans). Les résultats ont montré que initialement les participants du deuxième groupe avaient des hippocampes plus atrophiques que ceux du premier groupe à droite (p=0,06) comme à gauche (p=0,05), au niveau de CA1 (10-15% de différence) et du subiculum (10 à 25% d’atrophie). De plus à 3 ans, les mêmes différences radiologiques étaient retrouvées (p=0,001 à gauche, et à droite p<0,02) avec aussi une diminution marquée du volume des cornes d’Ammon 2 et 3 (CA2 et CA3 ; 10 à 20 %). Cette étude suggère donc que les patients évoluant vers un aMCI présentent au stade préclinique une atrophie hippocampique au niveau de CA1 et du subiculum, qui s’aggrave et s’étend au niveau de CA2 et CA3 pour ceux évoluant vers une DTA.
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18814937
(Sundelöf J, et al. Neurology. 2008 Sep 30 ;71(14):1072-9.) Plusieurs données expérimentales ont montré que la cystatine C pouvait protéger de la survenue de démence de type Alzheimer (DTA), par inhibition de la formation de dépôts amyloïdes. Le lien entre taux sérique de cystatine C et risque de DTA a été évalué dans cette étude longitudinale suédoise chez 1 153 hommes âgés de 70 ans et chez 761 âgés de 77 ans, sains sur le plan cognitif, et habitants la région d’Upsal. Le suivi moyen fut respectivement de 11,3 et 5,3 ans. Sur les 1 153 âgés de 70 ans, 82 ont développé une DTA. Un taux sérique bas de cystatine C (inférieur à 1,12 micromol/l) à 70 ans était associé à une élévation du risque de DTA (hazard ratio = 2,67 ; 95%CI=1,22-5,83 ; p < 0,02), indépendamment des autres facteurs de risque connus de la maladie (âge, ApoE4, niveau d’éducation, concentrations sériques de protéines amyloïdes Abêta40 et Abêta42…). Des résultats comparables ont été retrouvés pour les participants âgés de 77 ans (dont 43 ont évolué vers une DTA). Enfin, une diminution de 0,1 micromol/l entre 70 ans et 77 ans correspondait à une augmentation de l’incidence de démence de 29%. En conclusion, le dosage sérique de cystatine C pourrait être un marqueur du risque de DTA.
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18824671
(Schmidt R et al. J Neurol Neurosurg Psychiatry 2008 Dec ;79(12):1312-1317.) Dans cet essai randomisé en double aveugle mémantine (20 mg/j) versus placebo mené sur un an, 36 patients souffrant de maladie d’Alzheimer légère à modérée ont bénéficié d’IRM, de PET-scan et de spectroscopies cérébrales à 26 et 52 semaines de traitement. Dans la population globale, l’évaluation à 52 semaines a montré une diminution du métabolisme du glucose de 2,3% (p < 0,01), du volume cérébral total de 2,1% (p < 0,001) et du volume hippocampique de 2,7% (p < 0,01). La spectroscopie était largement artéfactée et donc ininterprétable. Les auteurs ont constaté que les patients traités par mémantine présentaient une réduction moins importante du métabolisme cérébral dans toutes les aires étudiées ainsi qu’une moindre atrophie hippocampique par comparaison aux patients ayant reçu le placebo. Aucune différence n’était observée pour le volume cérébral total.
Conclusion : cette étude montre que la mémantine a des effets potentiellement neuroprotecteurs dans la maladie d’Alzheimer.
(Goldman JG, et al. Mov Disord. 2008 Sep 29 ;23(15):2248-2250.) En cas de maladie des corps de Lewy (MCL), le traitement dopaminergique du syndrome parkinsonien expose au risque théorique d’aggravation des troubles du comportement. Ces auteurs ont évalué ce risque chez 19 patients présentant une probable MCL selon les critères de consensus. L’évaluation des symptômes extrapyramidaux reposait sur le score à l’UPDRS (Unified Parkinson’s disease Rating Scale) et la détermination du stade selon Hoehn et Yahr. Les résultats ont montré que seul un tiers des patients traités ont eu un bénéfice sur le plan moteur (défini par une amélioration du score moteur de l’UPDRS de 10%) et parmi eux un tiers ont développé (ou majoré) des troubles du comportement ou des hallucinations. Au total, seuls 22% des patients MCL ont eu un bénéfice de la dopathérapie sur le plan moteur et une bonne tolérance sur le plan comportemental. En conclusion, cette étude de petite taille montre que le rapport bénéfice risque de la dopathérapie chez les patients MCL parait faible.
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18823039
(Edison P et al. J Neurol Neurosurg Psychiatry Dec ;79(12) : 1331-1338.) Le [11C]PIB est un marqueur des dépôts amyloïdes in vivo. Dans cette étude, 13 patients souffrant de démence à corps de Lewy, 12 parkinsoniens déments, 10 parkinsoniens non déments et 41 témoins appariés pour l’âge (55-82 ans) ont été sélectionnés. Dans la démence à corps de Lewy, la fixation cérébrale moyenne du [11C]PIB était plus importante et individuellement 11 des 13 patients ayant une démence à corps de Lewy avaient une augmentation significative des dépôts amyloïdes. La fixation du [11C]PIB était significativement plus importante dans les aires corticales associatives, le cingulum et le striatum. Aucun des patients parkinsoniens n’avait une augmentation de la fixation corticale du [11C]PIB.
Conclusion : les dépôts amyloïdes sont augmentés chez plus de 80% des patients souffrant de démence à corps de Lewy et à l’inverse rares chez les patients parkinsoniens. Ces résultats in vivo par le [11C]PIB PET-scan suggèrent que la présence de dépôts amyloïdes dans la démence à corps de Lewy pourrait contribuer à la progression rapide de la démence.
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18653550
(Taylor JP et al. J Neurol Neurosurg Psychiatry Dec ;79(12) : 1318-1323.) Dans cette étude les auteurs ont inclus des patients parkinsoniens âgés de plus de 65 ans indemnes de troubles cognitifs, les ont suivis pendant 3 ans par des évaluations cognitives (MMS et CAMCOG) et les ont classés en 2 groupes phénotypiques selon la prédominance des troubles moteurs ou des tremblements. 38% des parkinsoniens avaient à l’inclusion des troubles moteurs avec instabilité posturale définissant le phénotype moteur. Le phénotype moteur était associé à un déclin cognitif plus important (p < 0,02), rejoignant les conclusions d’autres travaux dans le domaine. Il n’était pas associé aux capacités attentionnelles à l’inclusion mais à leur aggravation ultérieure (p < 0,01). Des troubles attentionnels élevés à l’inclusion étaient associés à un déclin cognitif plus important (MMS : p = 0,03 et CAMCOG : p = 0,05) indépendamment des troubles moteurs prédominants.
Conclusion : le phénotype moteur de la maladie de Parkinson est indépendamment associé à un déclin cognitif plus important chez des sujets non déments à l’inclusion. Des troubles attentionnels discrets apparaissent être prédictifs de l’apparition d’un déclin cognitif.
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18586866
(Whitmer RA, et al. Neurology. 2008 Sep 30 ;71(14):1057-64.) L’obésité abdominale ou centrale est un facteur de risque indépendant de pathologie cardiovasculaire et de diabète de type 2, mais le lien avec les démences n’est pas connu. Dans cette étude longitudinale réalisée en Californie, 6 583 sujets ont eu une mesure du diamètre abdominal sagittal (DAS) entre 1964 et 1973, puis ont été évalués sur le plan cognitif entre 1994 et 2006 (suivi moyen de 36 ans). Au total, 1 049 des participants ont développé une démence (15,9%). Pour ceux avec DAS le plus élevé, le risque de démence était près de trois fois celui de ceux avec la mesure la plus basse (hazard ratio= 2,72 ; 95% CI= 2,33-3,33), après ajustement pour l’âge, le sexe, le niveau de scolarité, les facteurs de risque vasculaires. Les participants avec une obésité centrale i.e un DAS élevé (supérieur à 25 cm) mais un indice de masse corporelle normal (IMC inférieur à 25 kg/m2) avaient un risque supérieur de présenter ultérieurement une démence par comparaison à ceux avec IMC et DAS normaux (HR= 1,89 ; 95% CI= 0,98-3,81). En conclusion, une obésité abdominale en milieu de vie est un facteur de risque indépendant de survenue ultérieure d’une démence. Cette augmentation du risque persiste même en l’absence de surcharge pondérale globale.