Le 22 mai 2006, par Louis LEVY,
Face au « choc démographique gériatrique » qui s’annonce, il faut, pour les auteurs du rapport, investir massivement et revoir radicalement la prise en charge à l’hôpital de cette population aux besoins spécifiques.
« Ce n’est pas aux personnes âgées de s’adapter à l’hôpital, mais à l’hôpital de s’organiser.  »
Dans un rapport qui vient d’être remis au ministre de la Santé, Xavier Bertrand, les professeurs Claude Jeandel et Pierre Pfitzenmeyer et le directeur du CHU de Limoges, Philippe Vigouroux, lancent un cri d’alarme : face au « choc démographique gériatrique  » qui s’annonce, il faut investir massivement et revoir radicalement la prise en charge à l’hôpital de cette population aux besoins spécifiques.
Il y a deux ans déjà , Pierre Pfitzenmeyer n’avait pas hésité à remettre sa démission de chef du service gériatrie au CHU de Dijon pour dénoncer les conditions de soins des personnes âgées. Le programme comprend 45 mesures qui représentent un effort de 395 millions d’euros étalé sur la période de 2007 à 2014. « Le ministère de la Santé doit donner des moyens réels  » et non « procéder par redéploiements internes  », insiste le rapport, car cela aggraverait encore les « réticences actuelles  », au sein des établissements, à l’encontre de la gériatrie.
Un accueil particulier
Premier objectif : créer un label « filière gériatrique  » dans les établissements ayant un service d’urgence, qui concrétiserait une prise en charge spécifique à tous les niveaux. « L’hôpital est en effet avant tout constitué de services cliniques de spécialité, non gériatriques, où le patient âgé est souvent perçu comme « embolisant ».  » Cela implique un accueil particulier aux urgences, l’accroissement de l’offre d’hospitalisation de jour gériatrique (70 millions d’euros) et du nombre de lits de court séjour (120 millions), la création d’équipes mobiles de gériatrie (20 millions), mais aussi et surtout un renforcement des soins de suite et de réadaptation pour les personnes âgées.
Pour cette dernière priorité, le besoin est estimé entre 3.000 et 6.000 lits supplémentaires (de 165 à 330 millions d’euros), sans compter la nécessaire mise en conformité des 8.000 lits existants (20 millions). Dans le chiffrage global, les rapporteurs ont retenu le bas de la fourchette. Ils considèrent aussi qu’une partie du coà »t pourrait être couverte grâce à la reconversion de lits MCO (médecine, chirurgie, obstétrique).
« Fluidifier les séjours  »
Cette réorganisation de la gériatrie à l’hôpital, permettant de « fluidifier les séjours  » (moins d’hospitalisations indues ou de prolongations non justifiées), a été testée avec succès par Philippe Vigouroux l’an dernier à Limoges. S’il y va de l’intérêt des patients, les hôpitaux, rémunérés en fonction de leur activité, seraient aussi gagnants financièrement.
Les directeurs d’établissement, donc, invités à « faire des efforts de restructuration interne  ». Au-delà des hôpitaux de « référence  », le rapport prône la reconversion des « petits hôpitaux  », via, notamment, le développement d’unités de soins de longue durée. Il juge nécessaire la création de 800 postes de gériatre entre 2007 et 2011. Et, de manière plus structurelle, appelle à la fin de la séparation « délétère  » de la gestion entre le sanitaire d’un côté (hôpital, cliniques) et le médico-social de l’autre (maisons de retraite).
Conclusion des rapporteurs : « L’enjeu est trop grave pour que ce programme ne soit pas suivi d’effet.  »
ÉTIENNE LEFEBVRE